Au fil des ans, Bob et Harvey se sont éloignés. Bob, toujours plus en retrait, le moins social des deux, a d’abord déménagé son bureau à un autre étage, puis dans un bâtiment séparé. Leurs querelles étaient terribles. L’ex-petite amie de Bob, Ivana Lowell, se souvient que l’un de ses bureaux avait un trou dans le mur, un rappel de l’époque où il avait jeté un téléphone sur Harvey. Pourtant, les frères sont restés unis, se querellant constamment mais déposant toujours les armes quand ils en avaient besoin. Comme l’a dit un ancien employé de Miramax : « Est-ce que Bob et Harvey traversent des périodes sans se parler ? Tout le temps. Mais au bout du compte, ils font la paix et ils reviennent t’emmerder au lieu de s’emmerder mutuellement. »

Bob avait besoin de Harvey pour continuer à avoir du succès. C’est Harvey qui sautait dans les vols de nuit pour assurer sans relâche sur les yachts White-Whale de Cannes, charmant les banquiers apprêtés, les princes arabes, les réalisateurs excentriques, « vivant sa vie à plein régime », comme me l’a dit un jour Anthony Minghella. Quentin Tarantino était d’accord avec cela, il me disait en 2005 que c’était « super amusant de traîner avec Harvey ». Avant la chute, bien entendu.