Au fil des ans, Bob et Harvey se sont éloignés. Bob, toujours plus en retrait, le moins social des deux, a d’abord déménagé son bureau à un autre étage, puis dans un bâtiment séparé. Leurs querelles étaient terribles. L’ex-petite amie de Bob, Ivana Lowell, se souvient que l’un de ses bureaux avait un trou dans le mur, un rappel de l’époque où il avait jeté un téléphone sur Harvey. Pourtant, les frères sont restés unis, se querellant constamment mais déposant toujours les armes quand ils en avaient besoin. Comme l’a dit un ancien employé de Miramax : « Est-ce que Bob et Harvey traversent des périodes sans se parler ? Tout le temps. Mais au bout du compte, ils font la paix et ils reviennent t’emmerder au lieu de s’emmerder mutuellement. »

Bob avait besoin de Harvey pour continuer à avoir du succès. C’est Harvey qui sautait dans les vols de nuit pour assurer sans relâche sur les yachts White-Whale de Cannes, charmant les banquiers apprêtés, les princes arabes, les réalisateurs excentriques, « vivant sa vie à plein régime », comme me l’a dit un jour Anthony Minghella. Quentin Tarantino était d’accord avec cela, il me disait en 2005 que c’était « super amusant de traîner avec Harvey ». Avant la chute, bien entendu.

Harvey faisait son show pour les investisseurs. Et puis Bob passait avec le chapeau.

Mais là où Harvey projetait la sociabilité frénétique de sa mère, Bob avait hérité du côté brusque et peu à l’aise de son père. En 2005, Bob était le producteur qui avait le plus de succès à Hollywood, en termes de rendements. Un dirigeant de studio haut placé se souvient d’une réunion que Bob a eue avec Kirk Kerkorian de MGM pendant cette période. Il était assis là, « en sueur, avec son genou qui bougeait sans arrêt. Ensuite, il m’a dit : “C’était comme si toi, Kirk et Harvey vous parliez anglais et que moi je parlais martien. Je ne savais même pas ce que je disais.” Quand il est nerveux, il bafouille un peu. » (Bob dit que ce n’est « pas vrai ».)

Même les stars voyaient Bob comme quelqu’un d’anxiogène.

« Il est aussi juste qu’un alligator peut l’être », m’a dit un jour Billy Bob Thornton. « Si on traverse son plan d’eau, et qu’on se rend de l’autre côté, et qu’on fait quelque chose de vraiment cool pour l’éviter, il nous regarde et dit : “OK, je n’ai rien compris. Chapeau.” Mais si on y va et qu’on est faible, et qu’il nous mange, alors il nous mange. »

Harvey, à gauche, et Bob dans les bureaux de Miramax à New York, 1989.

Pour préserver ses relations, Harvey s’est volontairement présenté comme le bon flic de la société et Bob était le mauvais flic. « Harvey a utilisé Bob comme homme de main avec [la société partenaire] Disney », déclare un ancien dirigeant de Disney haut placé. Ce que nie aujourd’hui Harvey. Mais un jour, « Bob et Dick Cook [le président de la distribution en salles de Disney] en sont presque venus aux mains », selon le cadre dans le bureau duquel cela s’est produit. « Ils se sont levés et ils frappaient tous les deux sur leur poitrine. Des postillons volaient littéralement partout sur ma table. » (Bob nie ce témoignage.)

Jeffrey Katzenberg a déclaré qu’il se souvenait d’avoir réprimandé uniquement Bob pour avoir abusé de son équipe. À l’intérieur de Miramax, c’est Bob qui a été blâmé pour la clause de réouverture que le PDG de Disney, Michael Eisner, a insérée dans leur contrat de travail en 2000, puis exercée, ce qui a permis à Disney de chasser les Weinstein de Miramax en 2005, deux ans plus tôt. Harvey m’a raconté à propos de cette période avec Eisner : « Bob vaquait juste à ses occupations, il faisait ses comptes, mais personnellement, leur relation était terrible. Terrible ! Horrible ! Je veux dire, pire que la mienne, si c’est possible. » (Bob nie à la fois avoir été abusif envers les employés de Disney et que sa relation avec Eisner était horrible.)

Pendant très longtemps, Harvey a considéré Bob comme son homme à tout faire. Lorsque j’ai interviewé Bob pour la première fois, en 2005, l’une de ses préoccupations était d’éviter « de marcher sur les plates-bandes de Harvey ou d’entrer en compétition avec lui. » Malgré leurs différences, Bob avait besoin de l’approbation et de la validation de Harvey, de signes que Harvey « [le] prenait au sérieux », disait-il. (Bob nie avoir eu besoin de la validation de Harvey.)

Pendant trop longtemps, Bob a soutenu Harvey à tort ou à raison. Le producteur, Joe Simon, se souvient qu’il était assis à côté de Harvey lors d’un dîner pour les pré-Oscars de Miramax, « puis mon rancard, une très jolie blonde, est venue s’asseoir avec moi. Harvey s’est penché au-dessus de moi et m’a postillonné au visage, en déclarant : ”Ne fais plus jamais, jamais ça. Ne ramène plus jamais une fille comme ça alors que ma femme est dans la même pièce”. »

Harvey s’est ensuite retourné vers la table, en redevenant parfaitement charmant. C’est alors que Bob, qui avait traversé toute la pièce, a acculé Simon « et il est venu en découdre avec moi. Comment est-ce que j’osais ramener cette fille alors que sa femme était assise là ? » (Bob dit que le récit de Simon n’est « pas vrai » ; Harvey dit que c’est « de la pure connerie ».)

Aujourd’hui, Bob aime dire que Harvey était un intimidateur, mais la vérité c’est que Bob était aussi un grand tyran. Il devenait fou si l’ascenseur n’arrivait pas assez vite, il criait « Fait chier ! ». (Bob nie ce témoignage.)

C’était le travail de Bob de revenir sur les offres de trois films que Harvey faisait miroiter aux actrices. Dawn Dunning a témoigné que lorsqu’avec son « peignoir ouvert », Harvey l’a attirée dans sa chambre d’hôtel en 2004, il lui a offert un échange équitable : un contrat de trois films pour un plan à trois avec lui et une assistante. Fuyant la salle de bain de l’hôtel de Harvey, l’actrice-scénariste Louisette Geiss se souvient de sa déclaration selon laquelle il la présenterait à Bob pour un contrat de trois films et un feu vert accordé à son scénario.

« Bob était sans cesse obligé de faire marche arrière parce que Harvey annonçait simplement aux gens : Oh, je vais lui donner un contrat de trois films », dit Ivana Lowell. « Bob devait toujours remettre de l’ordre dans le bazar de Harvey. » (Bob dit que ce n’est « pas vrai ».)

Mais à l’automne 2017, après des années d’examens et de réexamens des rumeurs par les médias, puis de renoncements suite aux coups de fil des avocats, Le New York Times a reçu une note interne rédigée par une assistante de production nommée Lauren O’Connor relatant les harcèlements présumés de Harvey. Deux responsables de l’entreprise ont également confirmé qu’au moins huit paiements avaient été effectués pour régler les plaintes pour harcèlement et contact physique non sollicité à l’encontre de Harvey. Plus de 100 femmes finiront par l’accuser de toute une gamme d’infractions sexuelles.

Caïn Et Son Homme de Main

Pendant plus d’un an, le conseil a sérieusement évoqué la scission de l’entreprise entre les deux frères. Mais personne n’était capable d’élaborer un plan viable. Ou peut-être que ce plan n’était pas vraiment désiré : « Bob et Harvey ont un profond attachement émotionnel l’un à l’autre », explique une source proche des frères. « Ils ne savent pas comment exister s’ils ne sont pas en conflit. »

« Je me suis disputé avec mon frère », a déclaré Harvey au tribunal avant la sentence, expliquant qu’il était lui aussi une victime.

En juillet, le reportage de Ronan Farrow sur Harvey s’apprête à être diffusé sur NBC. Jusqu’au bout, Harvey aurait exercé son influence, tandis que Farrow essayait frénétiquement de sauver le reportage, en l’étayant avec plus de sources. Plusieurs mois plus tard, avec Harvey dans la ligne de mire du New York Times et du New yorker, le chef des ressources humaines a déclaré à Harvey que, le 21 juillet, le Directeur général de la société Weinstein, David Glasser, lui avait tout d’un coup demandé de lui confier le dossier personnel de Harvey à Los Angeles, ainsi qu’une note accablante de Lauren O’Connor datant de novembre 2015. Celle-ci contenait des allégations de conduites sexuelles inappropriées sur le lieu de travail, retirées en raison d’un accord. (Dans son livre, Farrow mentionne avoir été en contact avec O’Connor durant l’été. Qu’il a des « documents » liés.)

Basé à Los Angeles, Glasser était généralement hors du champ de vision de Harvey, tout comme Bob, les ressources humaines et le comptable de l’entreprise, Irwin Reiter. Leurs bureaux se trouvaient au même étage d’un autre bâtiment à Tribeca. Et Glasser et Reiter se sont unis dans la haine de Harvey. Joueur de poker professionnel et inscrit à la faculté de droit, Reiter n’était généralement sur place qu’un jour par semaine, mais gagnait quand même 300 000 $ par an. Dans certains bureaux du quatrième étage, au 99 Hudson, Harvey était appelé El Fatso. Pendant ce temps, Glasser, un beau parleur de petite taille mais plein de charisme, était surnommé El Chapo par certains des anciens membres du conseil.

Dans ce groupe, les alliances évoluaient constamment, jusqu’à la faillite finale. Un employé de l’entreprise compare cette équipe à « un panier de crabes ». Il y avait un sentiment persistant que le kompromat dirigeait l’endroit. La culture du chantage commençait au sommet avec Harvey lui-même qui essayait d’amasser des informations sur les employés et les membres du conseil. Et les employés qui avaient de l’influence sur lui transformaient leurs ragots en avantages et en promotions.

« Les gars étaient tous tellement dysfonctionnels qu’il n’y a pas assez de psychiatres à New York pour venir à bout de toute la dynamique », explique une source proche du conseil.

Harvey pense que David et Bob ont été en quelque sorte impliqués dans « le premier round, le round dévastateur », dit-il par le biais d’un porte-parole depuis la salle téléphonique du centre correctionnel de Wende, en périphérie de Buffalo, dans l’État de New York. Selon une source proche de Harvey, il pense qu’ils n’avaient pas l’intention de provoquer la faillite de l’entreprise mais « ils pensaient qu’ils allaient simplement faire honte à Harvey. Et qu’il démissionnerait. Ronan était censé être le premier à raconter cette histoire. » (Bob dit que ce n’est pas vrai, et les tentatives pour joindre David Glasser sur ce sujet ont échoué.)

Lorsqu’il est devenu clair pour Farrow que le New Yorker avait décidé de laisser le New York Times ouvrir la voie, Reiter a commencé à rencontrer le Times. Est-ce une coïncidence ? Au début, il était délibérément vague, il ne livrait que les initiales des accusatrices, d’après le livre de Jodi Kantor et Megan Twohey, She Said. Finalement, il a remis la note de Lauren O’Connor à l’équipe du Times et cet élément s’est avéré essentiel pour prouver les agressions.

Harvey étant destitué, Bob a dit au Hollywood Reporter qu’il avait « un plan ». « David Glasser, les membres du conseil d’administration et moi, nous avons une idée de ce que nous aimerions faire…»

« Impossible que Bob ait été le meneur », dit quelqu’un ayant participé à une enquête interne. “Bob avait plus de jugeote.” Il est vrai que Glasser et Reiter avaient l’habitude de s’envoyer par e-mails les documents de l’entreprise, ce qui a été noté lorsque l’entreprise a été soumise à un examen de ses serveurs après le licenciement de Harvey. « C’était pour se protéger », explique une source proche des deux hommes. Ils savaient que les entreprises qui licencient des personnes ferment immédiatement leurs comptes de messagerie. (Reiter n’a pas répondu aux demandes de commentaires.) Et Harvey savait que Reiter et Bob étaient proches, et que Bob était un protecteur de Reiter.

« Les gars étaient tous tellement dysfonctionnels qu’il n’y a pas assez de psychiatres à New York pour venir à bout de toute la dynamique », explique une source proche du conseil.

Lors de l’examen de la société, il a été signalé dans la presse que Bob céderait le rôle de PDG à Glasser, qui avait contribué à la création du lucratif pôle télévision et à la conclusion de nombreuses affaires de l’entreprise. Mais l’ambitieux Glasser fut bientôt lui-même mis à l’écart.

Harvey admet via un porte-parole qu’en 2017, le studio était « au bord du gouffre », financièrement parlant. Il a lui-même contribué au problème. Ses propres dépenses étaient à couper le souffle : 3 à 6 millions de dollars par an pour les voyages ; 200 000 $ à 300 000 $ au Festival de Cannes pour des suites à l’Hôtel du Capet au Majestic, selon un employé de l’entreprise.

Il y avait donc une crise de trésorerie, mais un dossier de dépôt de bilan montre que Glasser prend des « avances sur les primes ». Les huit nouvelles avances de ce type s’élèvent à plus de 600 000 $ dans la période qui a précédé le scandale - quatre au cours du seul mois de septembre (un e-mail interne du 27 septembre 2017 indique qu’elles lui étaient dues). Et bien avant que le scandale ne submerge l’entreprise, Farrow est transféré au magazine New Yorker qui est plus réceptif. Il y prépare la deuxième vague : un portefeuille en constante expansion d’accusations d’agressions qui inclut désormais le viol.

Début septembre, Bob baisse de 32 % le prix de vente de son manoir de Greenwich, et Variety publie un article sur le « duplex baronnial » de Beresford à Central Park West qui se retrouve soudain sur le marché avec une valeur de 29,5 millions de dollars. Il avait besoin de liquidités. Selon un dossier judiciaire, d’août 2017 à la mi-février 2018 (juste avant l’échec de la vente du studio), Bob demande et obtient un remboursement de plus de 2,2 millions de dollars en prêts personnels et avances à l’entreprise. C’est ce qu’on appelle une « préférence » en matière de remboursement, le genre de chose qui peut conduire à des poursuites contre les créanciers devant le Tribunal de commerce, mais aucune n’a été lancée.

Bob était peut-être bien intentionné mais il s’est mis dans une position potentiellement conflictuelle en prêtant de l’argent à une entreprise en détresse, une entreprise où il était maintenant à la fois créancier, coprésident, co-PDG et, avec son frère, le principal actionnaire.

Faisant face à la faillite en février 2018, ils ne parviennent pas à vendre la société à un groupe soutenu par le magnat des supermarchés et ami de Harvey, Ron Burkle, après que Bob et ce qui restait du conseil d’administration aient renvoyé Glasser, un favori de Burkle. (Le fait que Bob ait téléphoné à Burkle, l’acheteur potentiel, pendant les vacances de Noël pour l’incendier à propos de certaines conditions du contrat n’a certainement pas aidé, relatent deux employés de l’entreprise. La réunion dans la suite du Soho Beach House de Burkle à Miami n’a pas été non plus d’un grand secours. Burkle rejette le prix de 32 millions de dollars demandé par Bob pour quitter l’entreprise. Bob a crié : « Va te faire foutre ! Je vais tout faire sauter ! Je vais réduire cet endroit en cendres ! », raconte un témoin. Bob nie avoir dit quoi que ce soit.)

Et Bob ne s’en irait pas tranquillement ou gratuitement. Le procès d’un procureur général d’État et la conférence de presse qui a suivi remettent en question l’aptitude de Glasser, affirmant qu’il était au courant de l’essentiel des plaintes. Et Bob se trouvait à New York pour rencontrer activement le procureur général afin de tenter de réaliser cette vente. Bien qu’il n’ait pas été lui-même impliqué dans le procès, Glasser a été licencié deux jours après la conférence de presse du procureur général où il a été désigné par son nom « pour une cause » qui n’a jamais été rendue publique. La société a fait faillite, les investisseurs ont subi des pertes énormes et le milliardaire russe, Len Blavatnik, a fini par perdre 45 millions de dollars avec un prêt qu’il avait accordé à Harvey.

Bob et Harvey à la première de leur film Dogma, 1999.

Dans une interview téléphonique décousue accordée au Hollywood Reporter, peu de temps après le début du scandale, Bob s’est qualifié de « victime » et a évoqué les maltraitances verbales et physiques de Harvey au fil des ans, tout en admettant sa lâcheté de longue date : « Telle est la nature de ce syndrome… J’ai dû divorcer de moi-même pour survivre. » Quant à ses propres problèmes de colère, Bob a déclaré qu’il avait « suffisamment travaillé dessus ». Il avait rejoint les Alcooliques anonymes. Perdu du poids. Selon un ancien employé : « Il s’est repris en main et puis il en avait vraiment assez de tout ça. »

Il a également affirmé que lui et Harvey ne s’étaient pas parlé depuis cinq ans. Excepté trois ans plus tôt, en 2015, lorsque Bob a dit au Hollywood Reporter qu’ils s’étaient parlé. Cette histoire particulière s’est déroulée la veille d’un accord d’un milliard de dollars avec ITV, le radiodiffuseur britannique qui cherchait à acheter leur pôle télévision et qui avait besoin d’être rassuré. Harvey a sabordé cet accord le mois suivant lorsqu’il a fait la une des journaux dans le cadre d’une opération policière menée avec la mannequin de sous-vêtements italienne, Ambra Battilana Gutierrez, qui l’accusait de lui avoir agrippé la poitrine lors d’une réunion précédente (et qui était parvenue à enregistrer ses aveux). Beaucoup de gens étaient furieux, surtout Bob et Glasser.

Une Affaire de Famille

Mais en ce qui concerne les femmes, le passif de Bob était secrètement problématique, et cela n’a pas été soulevé lors de l’effondrement public de Harvey.

Les documents judiciaires allèguent qu’en septembre 1992, Bob a « étranglé et donné des coups de pied » à son épouse de l’époque, Vickie, qu’il affrontait dans le cadre d’un divorce compliqué. Une lettre de l’avocate de Vickie, Jacalyn Barnett, à l’avocat de Bob, Stanford Lotwin, fait référence à une demande adressée au Tribunal des affaires familiales de Nassau qui raconte la sombre histoire de leur fille de sept ans, Nicole, qui a dû extirper Bob de Vickie pendant que leur fille âgée de 12 ans, Sarah, appelait la police « lors d’une altercation au sujet des enfants ». (Bob dit que ce récit est inexact.)

En échange du renoncement de sa femme à son droit à un procès connexe, Bob était censé avouer ce comportement devant le juge, conformément à un accord négocié par leurs avocats, indique la lettre du 21 octobre 1992. Barnett s’est ensuite plainte du fait que Bob n’avait pas respecté cet accord, choisissant uniquement de déclarer « sans grande conviction » qu’il « avait poussé sa femme sur le canapé pour l’empêcher d’appeler la police ». (Bob nie qu’il n’a pas respecté l’accord.) Le jour même de la lettre de Barnett à Lotwin, le juge signe une ordonnance de protection enjoignant à Bob de rester à l’écart de Vickie « à son domicile ou quel que soit l’endroit où elle se trouve » et également « de s’abstenir de toute mauvaise conduite, harcèlement, menace, mise en danger imprudente, agression, ou tentative d’agression » contre elle. Les enfants devaient être récupérés et ramenés sur le trottoir pour les visites.

Au départ, Bob avait proposé à Vickie un arrangement à 750 000 $. L’accord final s’est élevé à 15 millions de dollars. Comme Bob était un employé de Disney au moment du jugement du divorce en 1994, il était terrifié à l’idée de perdre son emploi si les détails de sa prétendue agression étaient révélés. Il a donc mis en place une pénalité d’1 million de dollars pour toute dénonciation de cet accord final. Il est possible que la peur constante de Bob de voir cet événement, jusqu’alors resté secret, être dévoilé explique pourquoi il a dit à la journaliste du New YorkTimes, Megan Twohey, que, pendant son divorce, il a commencé à boire tous les soirs pour s’endormir.

Harvey et Bob en 2002.

L’incident est aussi très probablement ce à quoi Harvey fait allusion quand, comme le rapporte Ronan Farrow dans son livre Catch and Kill, Harvey hurle à Bob lors d’une réunion par téléphone du conseil d’administration, juste après que l’histoire du Times ait éclaté : « On va ressortir tes vieux dossiers ! »

Bob, à sa manière, était aussi rusé que son frère pour manipuler la presse. En 2012, la deuxième épouse de Bob, Annie Clayton, décrite par son ancienne stagiaire, Rachel Pine, comme « une sorte de Blanche-Neige candide » demande le divorce. Mais Bob avait pris les devants un jour plus tôt en annonçant dans un article du New YorkPost qu’il avait dû organiser une intervention pour Annie à cause de sa consommation d’alcool.

Annie avait demandé une ordonnance de protection, affirmant qu’elle craignait une atteinte à son intégrité physique. Il y a eu un arrangement rapide. Bob a également remis aux parents d’Annie une maison qu’il leur avait achetée.

Harvey et Bob cherchaient à s’attirer la sympathie des mères des femmes qu’ils fréquentaient. Lady Caroline Blackwood, la mère d’Ivana Lowell de Miramax Books, était connue pour boire et dire ce qu’elle pensait. Et Lady Blackwood pensait qu’Ivana était trop bien pour Bob. Et elle lui a dit. « Il a raccroché et il était furieux contre moi », raconte Lowell. Mais c’est Bob qui a hébergé sa mère à l’hôtel Mayfair lorsqu’elle était mourante. « En fait, Bob était dans la pièce quand elle est décédée », dit Lowell, en soulignant à nouveau la générosité de Bob.

D’après Lowell, Bob était vraiment différent de Harvey. Bob était moins impressionné par les célébrités. « Je veux dire, j’étais à Londres et j’ai dit que j’étais en route pour dîner avec la reine mère », se souvient Lowell, « et il a dit : “Oh, c’est drôle parce que je dîne avec ma mère du Queens.” »

C’était Harvey qui était l’anglophile confirmé. Et finalement, ce sera une petite amie britannique, s’élevant au-dessus du lot, qui deviendra la deuxième Mme Weinstein.

Phoebe Eaton est une journaliste d’enquête, dramaturge, et autrice de In the Thrall of the Mountain King: The Secret History of El Chapo, the World’s Most Notorious Narco